Magnus, S. Germain




Contemporain
270 pages
8,40€
Lu en Octobre 2019
Lien livraddict

Franz-Georg, le héros de « Magnus », est né avant guerre en Allemagne. De son enfance, « il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu’au jour de sa naissance ». Il lui faut tout réapprendre, ou plutôt désaprendre ce passé qu’on lui a inventé et dont le seul témoin est un ours en peluche à l’oreille roussie : Magnus.

Dense, troublante, cette quête d’identité a la beauté du conte et porte le poids implacable de l’Histoire.

Franz-George a tout oublié de son enfance. De soi-même, il ne connait que ce que sa mère Thea lui a raconté, jusqu’à ce qu’il fuit en Angleterre. Mais cet identité lacunaire ne lui suffit pas, toute sa vie il erre à la recherche de son passé, allant de mensonges en mensonges. Car comment vivre quand on ne sait pas qui l’on est ? De l’Angleterre au Mexique, aux Etats-Unis, à l’Autriche, Franz-George se cherche, découvre l’amour et le bonheur, sans jamais se débarrasser de son angoisse, de ce trou béant laissé en lui, où devrait se trouver son histoire. Plusieurs personnages remplissent comme ils peuvent ce vide, mais la désillusion qui fait suite à l’espoir n’en est que plus forte : May, Peggy Bell, Lothar, Else et Erika, Terence et Scott. Ces personnages apportent tous quelque chose à leur façon, que ce soit au livre ou au personnage.

Sylvain Germain alterne le récit entre « Fragments » qui correspond à la vie de Franz-George et « Notules«  ou « séquences » qui apportent des compléments sur l’Histoire, des poèmes, citations. Cela crée un rythme dans l’intrigue, et nous apporte des renseignements complémentaires. En effet, Franz-George est né avant la guerre et ses parents sont des partisans de l’Allemagne nazie : son passé est donc intrinsèquement lié à l’Histoire. Le tout crée un ensemble passionnant qui saura captiver le lecteur.

La plume de l’auteur est très belle, et pleine de poésie. Elle rend parfaitement bien l’angoisse qu’a le personnage principal vis-à-vis de son identité dont il se sent privé. A travers ses mots, on ressent pleinement la détresse, le doute, le vide, le tout dans une harmonie bien maîtrisée.

Le personnage est comme naufragé dans sa vie, allant de pays en pays sans jamais trouver définitivement sa place. Cette angoisse qui vient et repart en restant toujours en latence, enfouie quelque part, crée un rythme dans l’intrigue qui captive le lecteur. J’ai beaucoup aimé cette quête identitaire parfaitement bien amenée, qui m’a rappelé par certains aspects celle de Rue des boutiques obscures de Patrick Modiano que j’avais également adoré.

Une écriture très belle, un contemporain où l’histoire se même à l’Histoire de manière captivante, pour une quête identitaire émouvante et bien réussie.

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